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AMOUR
26 septembre 2018 - 21 janvier 2019

Si l’amour est un sentiment universel, les manières d’aimer sont multiples et n’ont cessé d’évoluer au cours de l’Histoire. D’une époque à une autre, les transformations de la relation amoureuse constituent une inépuisable source d’inspiration pour les artistes.


L’exposition présentée au musée du Louvre-Lens se propose d’écrire une histoire des manières d’aimer, depuis le péché originel jusqu’à la quête de liberté au 20e siècle. Cette histoire d’amours évoque tour à tour l’adoration, la passion, la galanterie, le libertinage ou encore le romantisme. Elle montre comment, partant d’une stigmatisation du féminin, chaque époque a réhabilité successivement la femme, l’amour, la relation, le plaisir et le sentiment, pour aboutir à l’invention de l’amour libre.

Rendue sensible à travers un florilège de quelque 250 œuvres d’art, croisant les techniques et les civilisations, cette histoire ne prétend pas à l’exhaustivité mais privilégie un point de vue d’auteur. Chacun des sept chapitres met en lumière un tournant majeur dans l’histoire de la relation amoureuse. Au fil de ce récit ponctué de citations littéraires et d’extraits de films, l’exposition dévoile des chefs-d’œuvre de la statuaire antique, des objets précieux du Moyen Âge, des peintures de Memling, Fragonard, Delacroix, ou encore des sculptures de Canova, Rodin et Claudel.


Après un prologue posant la question de l’éternité de l’amour à travers des sculptures funéraires antiques représentant des couples unis jusque dans la mort, l’exposition s’ouvre sur un chapitre consacré aux dangers supposés de la SÉDUCTION féminine. En Occident, l’histoire des modes de la relation amoureuse commence mal. Les Chrétiens et les Grecs s’accordent pour imputer au pouvoir de séduction de la première femme, qu’elle s’appelle Ève ou Pandora, la sortie du Jardin d’Éden ou de l’Âge d’or. La descendance des filles d’Ève est jugée coupable de la perdition du genre masculin, de Samson à saint Antoine en passant par Holopherne. En cas d’adultère, la femme est vue comme la principale responsable et pour lutter contre les dangers de son pouvoir de séduction, certains la maintiennent au foyer sous la coupe du père, cherchent à en masquer les charmes et vont jusqu’à l’enfermer. Cette stigmatisation conduit parfois le désir pour l’Autre à s’accomplir sans le consentement du partenaire. D’où les multiples enlèvements, captures et rapts qui peuplent l’Histoire antique et la mythologie. Ils dépassent toutefois la question des genres, puisque le jeune Ganymède connait le même sort que Lucrèce, Cassandre ou Europe.


Comment est-on passé d’une relation où le désir de l’un peut plier à son gré la volonté de l’autre, à une construction de la relation amoureuse qui se voudrait partagée ?

Avec l’avènement du Christianisme, la stigmatisation du féminin finit par se heurter à l’image de la mère, sujet d’ADORATION : quand Ève avait fermé à l’humanité les portes du Paradis, Marie, à la fois vierge et mère du Christ, les ouvre à nouveau. La femme, honorée comme mère, retrouve sa place auprès de son mari. Mais cette réhabilitation s’effectue au prix d’un renoncement aux plaisirs de la chair, tolérés uniquement en vue de la procréation. Juste revanche du corps, quand la chasteté devient vertu, l’adoration conduit à l’extase qui fait frémir les visages des mystiques tombés en pamoison.


Comment est-on sorti de cet enfermement du féminin entre la séductrice dangereuse et la mère vertueuse ? C’est en passant par les tribus bédouines, porteuses de l’histoire de Leila et Majnoun, puis par la poésie arabo-andalouse, que la relation amoureuse s’est frayée une troisième voie, celle de la PASSION, chantée par les troubadours sur le mode de l’amour courtois. La dame devient la suzeraine de son amant, et par son baiser, adoube l’élu de son cœur. À partir du 15e siècle, le jeu d’échecs constitue un aboutissement de cette culture courtoise : en observant des règles très précises, le chevalier doit faire preuve d’intelligence et de stratégie pour parvenir à « prendre la reine », la pièce la plus puissante du jeu. À la même époque, après des siècles de condamnation religieuse des sarabandes et carnavals, la danse à deux, pour la première fois sans doute dans l’histoire,  devient une étape incontournable du processus de conquête, favorisant le rapprochement des corps et des cœurs.


Les portes qui s’ouvrent sur la réciprocité avec la courtoisie ne se refermeront plus : au roman courtois succède le genre romanesque, avec L’Astrée d’Honoré d’Urfé (1607-1627) et La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette (1678). C’est aussi le moment où la précieuse Madame de Scudéry publie sa carte de Tendre qui trace les chemins de la RELATION amoureuse. Désormais la peinture, la sculpture, les arts décoratifs chantent à l’unisson le bonheur de l’amour partagé sous le règne de la galanterie, dont les codes s’inscrivent jusque sur les éventails et les baleines des corsets.


La science de la relation qui s’invente avec la galanterie conduit aussi à la recherche raffinée des PLAISIRS de la chair, propre au libertinage. De Don Juan à Casanova, l’image du libertin passe du collectionneur de conquêtes au 17e siècle aux amateurs sensuels du 18e siècle. Le libertinage n’est toutefois pas un privilège masculin. Hommes et femmes cherchent à conjuguer tous les plaisirs, en s’annexant les nouveaux territoires de l’intimité : ceux du boudoir, du souper fin ou du sous-vêtement, tout en jouant de la lumière, des miroirs et des ouvertures entre l’extérieur et l’intérieur.


Peut-on conjuguer ensemble recherche du plaisir et passion amoureuse ? Le cheminement des manières d’aimer en suggère la difficulté. À la valorisation du plaisir au Siècle des Lumières succède, avec le ROMANTISME, celle du sentiment amoureux. Le mariage d’amour commence à prendre la place du mariage arrangé pour raisons matérielles. Il s’incarne alors à travers de nouveaux rituels, comme ceux de la robe blanche et du voyage de noces. Bien au-delà du quotidien des époux, l’exaltation de la passion par les poètes et les dramaturges conduit jusqu’à la mort et au-delà, comme en témoignent les nombreuses représentations d’Apollon et Hyacinthe, Pyrame et Thisbé, Ophélie, Roméo et Juliette, Paul et Virginie ou encore Atala.


L’acceptation du mariage d’amour par la société du 19e siècle esquisse une victoire du CONSENTEMENT amoureux sur les contingences sociales. Au 20e siècle, dans le couple, les partenaires se pensent pleinement comme acteurs de leur relation. L’importance donnée à chacun comme sujet de son histoire conduit même à l’utopie de l’amour libre, qui tend à faire voler les cadres de toutes les conventions, à commencer par celle, précisément, du mariage.


Alors, comme dans les contes, cette histoire de l’amour connait-elle aujourd’hui une fin heureuse ? L’exposition invite chacun à écrire un nouveau chapitre, à l’aune de ses propres relations amoureuses.



Commissariat : Zeev Gourarier, directeur scientifique et des collections du Mucem, et Dominique de Font-Réaulx, directrice du musée national Eugène Delacroix, assistés d’Alexandre Estaquet-Legrand, chargé de documentation au musée du Louvre-Lens.

Scénographie : Agence NC / Nathalie Crinière.